Aller au contenu
Dimanche 25 octobre 2026 Édition internationale
Méridien Journal d'information internationale

Moyen-Orient

Arabie saoudite : les attaques houthies poussent Washington à rapatrier ses diplomates

Aéroport de Dammam frappé, site pétrolier visé : face aux attaques des Houthis, les États-Unis rapatrient une partie de leurs diplomates d'Arabie saoudite.

Gratte-ciel de Riyad, capitale de l'Arabie saoudite
Riyad, capitale de l'Arabie saoudite. Photo d'illustration, Unsplash.

L’Arabie saoudite vit sa pire vague d’attaques depuis 2015. Mercredi 21 octobre au soir, l’aéroport international King Fahd de Dammam, dans l’est du royaume, a été frappé. Le même jour, un drone visait un site pétrolier de Saudi Aramco. Dans la foulée, le département d’État américain a ordonné le départ de ses employés non essentiels et de leurs familles. Washington attribue ces attaques aux rebelles houthis du Yémen.

Dammam et Shaybah visés en une soirée

Selon l’Autorité générale de l’aviation civile saoudienne, citée par Reuters, l’attaque contre l’aéroport King Fahd a fait deux morts, un Saoudien et un ressortissant indien, ainsi que huit blessés. Le trafic aérien a depuis repris normalement.

Le ministère saoudien de l’Énergie a de son côté annoncé l’interception d’un drone qui visait une installation du champ pétrolier de Shaybah, dans la province orientale. Les débris ont tué deux travailleurs étrangers, un Philippin et un Népalais, et blessé deux autres personnes. La production n’a pas été affectée, selon Riyad. D’après six sources citées par Reuters, Aramco a demandé à ses salariés du siège de Dhahran de travailler à distance.

Jeudi, la coalition menée par l’Arabie saoudite a encore annoncé avoir détruit un drone dans la région de Riyad, sans préciser son origine ni sa cible.

Washington réduit sa présence

La réaction américaine marque un tournant. Le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, a justifié le départ ordonné du personnel non essentiel par les attaques des Houthis contre des cibles civiles. Quatre responsables américains ont indiqué à Reuters que d’autres représentations dans le Golfe allaient elles aussi demander aux familles de partir. L’armée américaine a également réduit ses effectifs dans plusieurs postes de la région.

Ce repli intervient alors que, selon le New York Times, Washington et Israël préparent de nouvelles frappes contre l’Iran, principal soutien des Houthis, après les élections américaines du 3 novembre. Le contexte est détaillé dans notre article sur la nouvelle flambée dans le détroit d’Ormuz.

Une campagne qui dure depuis début octobre

L’attaque de Dammam n’est pas un épisode isolé. Entre le 6 et le 12 octobre, les Houthis ont tiré des missiles balistiques et des drones sur trois aéroports saoudiens : King Khalid à Riyad, King Fahd à Dammam et Abha, dans le sud-ouest. Bilan : au moins 20 morts et plus de 370 blessés, soit la série d’attaques la plus meurtrière en Arabie saoudite depuis 2015.

Le 8 octobre, un Airbus A320 de la compagnie Saudia a été détruit au sol à Riyad, et trois Saoudiens, dont le pilote, ont été tués. Le 10 octobre, un missile a touché le complexe des terminaux 3 et 4 de l’aéroport de la capitale, faisant 13 morts et 308 blessés. Des centaines de vols ont été annulés et plusieurs compagnies internationales ont suspendu leurs liaisons vers Riyad.

Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a averti les compagnies aériennes de ne plus utiliser les aéroports saoudiens, à l’exception de ceux de La Mecque et de Médine.

Aux origines de l’escalade

Le basculement remonte au 13 juillet. Ce jour-là, l’Arabie saoudite frappe l’aéroport de Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, pour empêcher le retour d’un avion iranien transportant des responsables revenus des funérailles d’Ali Khamenei. Les Houthis mettent alors fin à la trêve conclue sous l’égide de l’ONU en 2022 et lancent une offensive contre le royaume.

Pour Riyad, l’enjeu dépasse la sécurité des aéroports. Le royaume mise sur le tourisme, les grands événements et l’aviation pour diversifier son économie. Chaque frappe sur une infrastructure civile fragilise cette stratégie. Les Houthis, eux, disent répondre aux frappes saoudiennes sur les infrastructures civiles du Yémen.

La mer Rouge, l’autre front

Cette guerre aérienne se double d’une menace maritime. Les Houthis contrôlent une partie de la côte yéménite, face au détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge vers le canal de Suez. Nous expliquions dans notre analyse Mer Rouge, détour et vulnérabilité des échanges pourquoi chaque tension dans cette zone pèse sur le commerce mondial.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et l’envoyé spécial pour le Yémen, Hans Grundberg, ont condamné les attaques. L’Iran, de son côté, s’est proposé comme médiateur. Les prochains jours diront si Riyad met à exécution sa promesse d’une « réponse sérieuse », au risque d’élargir encore un conflit qui embrase déjà tout le Golfe.

À lire aussi

Newsletter

La lettre de Méridien

Une sélection d'analyses et de décryptages internationaux, directement dans votre boîte mail.

Réactions des lecteurs

0 commentaire

Aucune réaction pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis.

Réagir à l'article

Seuls votre prénom et votre nom seront affichés. Aucune adresse e-mail n'est demandée.

Votre commentaire apparaîtra après validation par la rédaction.